Seul en scène
80 min.
À partir de 10 ans
Texte, jeu et mise en scène : Christophe Pardon
« La famille, on la choisit pas, c’est sûr ! »
Cinq hommes d’une même famille se réunissent dans la ferme du grand-père pour l'abattage traditionnel du cochon. C'est l'occasion pour eux de se retrouver après de longs mois passés loin les uns des autres. Ils fêtent ça dignement autour de la bonne chère et du bon vin. On prend des nouvelles de chacun, on plaisante, on profite de l'air de la campagne. Cependant ces pères et ces fils vont aussi saisir l’occasion de ces deux jours pour régler certains comptes et tenter de trouver leur place au milieu de tous ces mâles. Le cochon, quant à lui, tente d’appréhender le temps qu’il lui reste avec résignation et philosophie.
A l’heure d’aujourd’hui, où la femme s’accorde légitimement le droit de porter enfin haut sa voix, je pense que l’homme se doit aussi d'oser parler de lui, de son intimité, de ce qui le touche. Il doit lui aussi trouver et prendre sa juste place dans le monde. Cette nouvelle création s’adresse néanmoins à toutes et tous et pose des questions universelles comme : être libre et autonome implique-t-il dès lors le renie, le rejet de l'autre, une révolte contre lui ? Que doit-on sacrifier pour continuer d’exister ? Le doit-on, d’ailleurs ? L'abattage du cochon devient ici et avant tout un prétexte pour réunir les cinq protagonistes en quête d'identité (quête sublimée par l'incarnation des personnages par un seul comédien). Cette tradition maintenant disparue, puisque interdite, « ce truc de mecs », symbolise ici un rite de passage.
©Lilian Sabatier
©Lilian Sabatier
Peut-être par peur des dédales de leur intériorité, ou par pudeur tout simplement, les hommes parlent peu de leur relation père/fils. La communication entre les uns et les autres semble toujours contrariée par quelque reconnaissance espérée ou au contraire par l’ingratitude ressentie. On se confronte à des devoirs, à des principes. Je l’ai souvent constaté autour de moi, je le constate dans ma propre relation avec mon père. Cela ne nous empêche pas, pourtant, tous deux, de nous aimer profondément. Dans mon précédent seul-en-scène l'enfant, la relation à l’autre était d’ordre plus général alors qu’ici je cerne l'homme tentant de s'affirmer au sein d'une lignée. A titre personnel, cette nouvelle création est aussi une façon de renouer avec mes racines ; un hommage rendu à mes deux grands-pères, maintenant disparus, issus du monde paysan. Une sorte de boucle qu’il me fallait boucler.
©Lilian Sabatier
Hubert : … J'ai 93 ans, c'est vrai, mais j'suis pas sénile. Même si ça vous arrange ta sœur et toi de l'croire. Mais vous m’mettrez pas en maison de retraite. J’suis né sur cette terre et je compte bien y mourir. Que ça vous plaise ou non. Crénom ! J'suis encore capable de m'débrouiller tout seul.
Jean-Loup : Tu sais, il n'y a pas de honte à avoir peur. Moi-même j'ai peur. J'ai peur de perdre un jour la terre qui m’a vu naître et qui me nourrit depuis plus de cinquante années… Et quand je serai plus en âge de m'en occuper, qui en héritera ? Ta sœur et moi n’avons pas pu avoir d'enfants ; faudra se résigner à vendre… et c'est des lotissements qui pousseront à la place des ceps... J'en ai le cœur tout gonflé... Crois-moi Georges, tu as de la chance que ton père ait conservé ses terres, parce que les terres maintenant, elles appartiennent aux banques.
Antoine : Oh ! Ce que j’imagine, papy. Que je porte le poinçon jusqu’à la gorge de l’animal, et que, d’un coup, pffft ! sans effort, le liquide rouge et chaud s’écoule. Et je pleure de joie à la vue de cette vie qui s’échappe. « Le sang est le plus beau des théâtres ! » Regarde papy ! Je suis un artiste. Un véritable artiste ! Et vous êtes tous là, autour de moi, médusés, ébahis et fiers. Vous m’applaudissez. Papa est heureux. Il m’aime.
Georges : Je n’ai jamais cessé de m’inquiéter pour lui. Je voulais tellement le protéger de tout... De toi, Croquemitaine ! Et j’ai bien failli l’enfermer derrière les mêmes murs, les mêmes certitudes, la même carapace. C’est sa sensibilité qui l’a sauvé. C’est sa force à cet enfant. Moi, j’ai dû étouffer la mienne... Allons, allons, je ne vais pas pleurer, je ne suis plus un gamin. Un homme ne doit pas pleurer...
©Lilian Sabatier
©Lilian Sabatier
Le cochon : Ma famille me manque. Mes frères, mes sœurs. Nous étions encore jeunes quand nous avons été arrachés à la chaleur maternelle, à ce bonheur simple de se sentir vivant parmi les vivants... Vois-tu mon ami, bien que l’on soit intimement seul tout au long de notre vie, surtout dans les pires moments, nous ne souhaitons qu’une chose : avoir la certitude qu’on nous aime… Ne chante pas, coq, pas encore. Nous n’entendons pas le son des couteaux qu’on aiguise…
« Outre une performance de comédien, Christophe Pardon nous livre ici une histoire de la vie, certes ordinaire, mais juste et profondément humaine. Chaque personnage que l'acteur-auteur nous donne à voir nous devient familier et dès lors attachant. Et nous serions bien avisés de reconnaître que quand nous rions d'eux et de leur cocasserie, c'est un peu de nous-mêmes que nous rions. »
Drôme Hebdo.
« ...Un texte magnifiquement écrit par Christophe Pardon qui l'interprète magistralement, nous transmettant ainsi toutes les émotions que suscite un tel événement familial. »
Gérard Thébaut, directeur du Théâtre l'Astrolabe à Sorgues.
« Le public a été suspendu à cette anatomie familiale avec la performance de Christophe Pardon (...) un artiste qui a toute mon admiration. »
Thierry Roudil, directeur de l'Appart' Café à Bourg-lès-Valence.
« Nous avons été bouleversés (...) : un texte d’une sensibilité rare et un jeu à la fois puissant et profond. La scène du Théâtre du Fenouillet a vibré grâce à cette performance marquante. »
Jean-François Humetz, président du Théâtre le Fenouillet à St Gervais sur Roubion.
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